Les cinq grands secrets de l’Amazonie et du climat

A quoi l’Amazonie sert-elle ? Doit-on vraiment considérer « l’océan vert » amazonien comme un élément fondamental de l’équilibre climatique de notre planète ? A quelques jours d’Earth Hour, une mobilisation pour le climat qui s’annonce bien vivante en Guyane, faisons le point sur l’importance des liens entre la forêt amazonienne et le climat !

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Journée Mondiale des Zones Humides en Guyane : programme du 31 janvier au 2 mars 2015

Comme chaque année, ce 2 février nous célébrons la journée mondiale des zones humides (JMZH).  Mais sommes nous conscients de l’importance de ces milieux, de leur richesse biologique et des nombreux services écosystémiques qu’ils fournissent à notre société ?

Le rôle des zones humides est essentiel pour la vie ; leur dégradation peut entraîner en plus de la perte de leur biodiversité, une modification de ses fonctions écologiques, hydrologiques et socio-économique avec des impacts sur la santé, les ressources et le bien- être de l’humanité.

Depuis 1900, le monde a perdu environ 50% de ses zones humides (UNWWAP 2003). Cette tendance est confirmée par l’indice d’étendue des zones humides (Wetlands Extent Index) qui montre qu’entre 1970 et 2000, dans un échantillon de plus de 1000 zones humides, elles régressent en moyenne de 40%. Le  rapport Planète Vivante 2014 quant à lui, révèle via l’indice planète vivante (IPV),  une chute moyenne de 76%  des populations d’espèces d’eau douce entre 1970 et 2010.

En France, le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, a lancé le 15 juin 2014 le troisième plan national d’action (2014-2018) en faveur des milieux humides dont l’objectif est « de disposer rapidement d’une vision globale des milieux humides et de mettre au point une véritable stratégie de préservation et de reconquête, que ce soit en métropole ou dans les outremer, et qui associe l’ensemble des acteurs mobilisés. »

Pour mieux comprendre les enjeux autour de ces milieux en Guyane et faire leur découverte, les acteurs de l’eau et des espaces naturels, sous la coordination de l’association SEPANGUY -coordinatrice du programme pédagogique sur l’eau SOLOLIYA- , vous proposent du 31 janvier au 2 mars 2015 des animations à destination du grand public. Cliquez ici pour accéder au programme.

Pour plus d’information :

  • Les zones humides de Guyane et des Antilles (Collection Nature Guyanaise)
  • Synthèse bibliographique des zones humides de Guyane, rapport BRGM,  2009.
  • « L’économie des écosystèmes et de la biodiversité pour l’eau et les zones humides » (synthèse en français du rapport « The Economics of Ecosystems and Biodiversity for Water and Wetlands » Russi D., ten Brink P., Farmer A., Badura T., Coates D., Förster J., Kumar R. and Davidson N. , 2012)
  • Zones humides du Guyana (Wetlands of Guyana)
  • RAMSAR

 (*) crédit photo : Christian Moulin

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Dans les Guyanes, l’équivalent de 86 000 terrains de football déforestés à cause de l’orpaillage…

Une étude publiée le 14 janvier 2015 illustre l’impact de l’exploitation aurifère incontrôlée en termes de déforestation. Basé sur l’analyse d’images satellites et sur le suivi de l’évolution du couvert forestier dans les régions aurifères amazoniennes, ce travail montre que le plateau des Guyanes a payé le plus lourd tribut.

En effet, 41 % de la déforestation amazonienne liée à l’exploitation de l’or entre 2001 et 2013 a eu lieu dans la région des Guyanes. Les autres régions les plus touchées, qui concentrent 90% de cette déforestation spécifique, sont l’Amazonie péruvienne (28 %), la région brésilienne du Tapajos-Xingu (11 %) et la région colombienne de Magdalena (9 %). 

A l’échelle des Guyanes, l’exploitation aurifère joue un rôle économique important. Néanmoins, les pratiques incontrôlées sont responsables d’impacts environnementaux majeurs, puisque la déforestation qu’elles entraînent dans la région, même mesurée à l’échelle continentale, est maintenant devenue significative. Les impacts au sein ou à proximité immédiate des aires protégées sont aussi devenus considérables, selon les chercheurs. 

Le Parc du Brownsberg (Suriname), fortement impacté par l’orpaillage illégal

La récente publication fait état de 1 680 km² déforestés entre 2001 et 2013 du fait de l’expansion de l’exploitation aurifère à l’échelle amazonienne. Plus spécifiquement, entre 2007 et 2013, la région des Guyanes a perdu 606 km2 de couvert forestier, soit l’équivalent de 86 000 terrains de football.

Pour la région, cette publication permet une mise à jour des données préalablement publiées par le WWF en 2011[2]. Depuis quelques années, certains gouvernements dans la région ont pris des mesures pour mieux contrôler le phénomène, mais ces récents résultats montrent un besoin immédiat de redoublement de ces efforts. Les impacts transnationaux appellent des réponses coordonnés entre les pays. Plus spécifiquement, trois éléments demandent une attention immédiate :

–  la mise en place de la convention de Minamata,

– la surveillance renforcée des aires protégées,

– la mise en place d’accords transfrontaliers de contrôle des flux de mercure, d’or, et de personnels impliqués dans l’exploitation aurifère.

Ce type d’effort coordonné peut avoir des conséquences positives sur le terrain, comme en témoigne l’accord bilatéral franco-brésilien de contrôle des activités aurifères en zone transfrontalière[3]. Selon la Préfecture de Guyane, cette coopération accrue, couplée à un renforcement des contrôles, ont récemment permis une diminution de 20% de la pression aurifère illégale en Guyane.

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La fausse durabilité des barrages en Amazonie

L’étude récemment publiée dans la revue scientifique « Energies » jette un pavé dans la mare des (nombreux) promoteurs de barrages en milieu amazonien.

En décortiquant la politique brésilienne en la matière, les scientifiques révèlent deux biais importants dans la logique de promotion des barrages : la sous-estimation systématique des enjeux écologiques (les sites concernés étant souvent sous-étudiés avant leur ennoiement), et la topographie inadaptée, les larges plaines amazoniennes proposant une potentialité très faible de production hydroélectrique, en comparaison avec les dégâts irréversibles engendrés en termes de perte de puits de carbone, et de dégagement de gaz à effet de serre.

Les barrages en milieu amazonien (tel que celui de Petit-Saut en Guyane), établis sur des reliefs faibles, ennoient de larges zones de forêt primaire, entraînant des émissions massives de gaz à effet de serre (GES), essentiellement du méthane. Ainsi, les chercheurs ont calculé que si l’ensemble des barrages envisagés devaient voir le jour en Amazonie, leurs émissions de GES représenteraient 172% des émissions brésiliennes liées aux énergies fossiles en 2010. En parallèle, les chercheurs rappellent que les productions électriques de ce type déclinent inévitablement du fait de la sédimentation au niveau des turbines. Ils notent par ailleurs que les prédictions d’impact des changements climatiques indiquent une baisse attendue de la pluviométrie, et par conséquent de la productivité potentielle de ce type d’ouvrage.

Selon les auteurs, les alternatives aux vieux modèles de type barrage sont réels : la production photovoltaïque coûte 30 à 40% moins cher dans le contexte amazonien que l’hydroélectricité issue de gros ouvrages. Enfin, ils indiquent que, si des études plus complètes étaient réalisées et intégraient l’ensemble des conséquences sociales et environnementales de la construction des barrages, il deviendrait alors difficile d’argumenter en leur faveur. A l’inverse, seuls des calculs sur le court terme, minorant les conséquences irréversibles, peuvent encore aujourd’hui tenter de justifier ce type de choix.

En conclusion, les chercheurs insistent sur le besoin d’un changement de perspective politique, réellement tourné vers des solutions innovantes et modernes. Une rupture avec les vieux mythes liant production hydroélectrique et bonne santé économique, basés sur des suppositions erronées mais encore répandues, est aujourd’hui nécessaire. L’étude est disponible en ligne ici.

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